18.4.2022
Cet entretien a été publié pour la première fois en ligne (en allemand) dans le « Blue Magazin » d’EKZ.
Les femmes sont encore largement sous-représentées dans les métiers techniques. Et ce, malgré le fait que les professionnels qualifiés dans ces domaines soient recherchés désespérément dans toute la Suisse. Sonja Studer, cheffe de la division Formation chez Swissmem, évoque dans cet entretien le rôle important des modèles féminins et les possibilités de former davantage de techniciennes ou de scientifiques. Pour elle, il est important de souligner que la technologie n’est pas un domaine aride, mais un champ d’activité passionnant avec un grand potentiel d’avenir.
Pourquoi les jeunes femmes évitent-elles souvent les formations dans le domaine MINT (mathématiques, informatique, sciences naturelles et technique) ?
Je me pose cette question depuis longtemps. Mais je n’ai pas encore trouvé d’explication vraiment satisfaisante. Il est prouvé de longue date que les filles obtiennent d’aussi bons résultats que les garçons dans les matières MINT, mais malgré cela, nous constatons en Suisse des différences extrêmement importantes entre les sexes dans le choix de la profession. Les filles choisissent parmi un éventail de professions beaucoup plus restreint que les garçons et optent très souvent pour des métiers « typiquement » féminins.
Les filles obtiennent des résultats tout aussi bons que les garçons dans les matières MINT, mais elles choisissent nettement moins souvent des professions techniques.
C’est sans doute une combinaison de différents facteurs qui contribue à cela : les stéréotypes liés au genre sont encore profondément ancrés dans notre société, c’est pourquoi le choix de carrière de « polymécanicienne » suscite encore souvent des froncements de sourcils chez les parents, les copines ou le personnel enseignant. De plus, beaucoup de jeunes ne savent pas que les ingénieurs et les techniciens ne travaillent pas seulement avec des machines, mais aussi avec des personnes. De ce fait, le travail d’équipe, les compétences en communication, la pensée interdisciplinaire et la créativité sont tout aussi importants dans le quotidien professionnel que le sens technique.
Enfin, un autre obstacle réside certainement dans le fait que les femmes étaient jusqu’à présent peu visibles dans les métiers techniques et que les modèles féminins font donc défaut.
Quelles sont les prochaines étapes nécessaires dans notre pays pour susciter davantage d’intérêt chez les femmes pour les matières MINT ?
À l’école primaire, de nombreux enfants, filles comme garçons, sont fascinés par la technique et les sciences naturelles. Pour cultiver cet intérêt, les enfants et les jeunes adolescents devraient pouvoir expérimenter la technique dès leur plus jeune âge dans leur vie quotidienne. La famille et l’école jouent alors un rôle important.
Les métiers techniques étant souvent perçus comme abstraits, nous encourageons également les entreprises à entretenir des contacts avec les écoles de la région, à proposer des stages d’initiation et à montrer aux élèves le quotidien professionnel. En outre, je suis convaincue que les femmes s’intéressent davantage aux matières MINT lorsqu’elles prennent conscience de l’importance de la contribution qu’elles peuvent apporter, dans le cadre d’un métier technique, pour simplifier la vie quotidienne ou élaborer des solutions aux grands problèmes de l’humanité, tels que la protection du climat et la sécurité alimentaire.
Les femmes s’intéressent aux matières MINT lorsqu’elles réalisent qu’elles peuvent utiliser la technologie pour développer des solutions concrètes aux défis sociaux.