8.11.2022
« Je peux faire bouger les choses. Un sentiment incroyable ! » Luca Schmidlin, de l’Institut de recherche pour la nature et l’ingénierie du PSI (Institut Paul Scherrer), est fier. Derrière lui se trouve le prototype de la nouvelle installation Power-to-Gas d’AlphaSYNT qui y a été testée en détail. « Pour tous ceux qui vont encore arriver », ajoute Andreas Aeschimann. En tant que père de trois enfants, il lui tient particulièrement à cœur d’assumer ses responsabilités envers les générations futures.
AlphaSYNT a été fondée en 2020. Luca Schmidlin a apporté son expérience acquise à l’Institut de technologie énergétique (IET) de la Haute école spécialisée OST, où il a participé à la construction et à l’exploitation de la première installation de démonstration de Power-to-Methane en Suisse. Quant à Andreas Aeschimann, il travaillait auparavant dans un bureau d’études spécialisé dans les applications à haute température et la recherche sur la combustion. Ils se sont rencontrés par hasard lors d’une pause-café et travaillent aujourd’hui en étroite collaboration avec le PSI. « Une série d’heureux hasards a conduit à la technologie commercialisable d’aujourd’hui », explique L. Schmidlin.
Dans les installations d’épuration des eaux, de biogaz ou d’incinération des déchets, mais aussi dans le domaine du ciment : la technologie Power-to-Gas pourrait être installée partout là où on trouve du CO2 et où du courant renouvelable est disponible. Elle permet de stocker de l’été à l’hiver l’excédent d’électricité photovoltaïque en la convertissant en méthane.
Les installations deviennent ainsi neutres en CO2 : d’une part, parce que très peu de CO2 supplémentaire est émis et est converti en agent énergétique vert, soit « surcyclé ». D’autre part, parce que les infrastructures actuelles peuvent continuer à être exploitées – les agents énergétiques fossiles sont simplement remplacés petit à petit. Cela ouvre de nouvelles possibilités en particulier là où les moyens financiers sont limités. « Dans les pays en voie de développement, c’est souvent plus facile et plus avantageux de proposer du carburant renouvelable que de mettre de nouveaux systèmes de propulsion sur le marché », explique L. Schmidlin. De plus, la chaleur générée pendant le processus peut être utilisée, soit directement dans l’installation, soit dans le réseau de chauffage urbain.
Notre technologie fonctionne. Nous ne sauverons probablement pas le monde, mais serons une pièce importante du puzzle.
Selon A. Aeschimann, des études montrent de manière purement théorique que le potentiel de la biomasse permettrait de couvrir la consommation de gaz suisse actuelle. Et la technologie Power-to-Gas augmente encore ce potentiel. La disponibilité d’une électricité renouvelable abordable reste toutefois déterminante.
Or la guerre en Ukraine a accéléré le débat. « La sécurité d’approvisionnement est réévaluée et la propension à investir s’accroît », déclare L. Schmidlin. Dans le même temps, de nombreux exploitants d’installations craignent les risques liés aux nouvelles technologies. Des instruments d’encouragement ou des conditions-cadres adaptées pourraient être utiles dans ce domaine. Les fondateurs de la start-up estiment également qu’il est nécessaire d’agir au niveau de la taxe d’utilisation du réseau, car les installations Power-to-Gas contribuent à stabiliser le réseau électrique.
L’évolution se poursuit : en collaboration avec le PSI et un consortium international, AlphaSYNT réalise une installation pilote soutenue par l’UE au Portugal. On y produit du méthane liquéfié à partir de biomasse ligneuse pour le transport lourd – une étape supplémentaire vers la transformation du CO2 en énergie utilisable.
AlphaSYNT utilise l’électricité renouvelable provenant du soleil, du vent et de l’eau pour transformer les gaz riches en CO2 ou en CO en agents énergétiques synthétiques. Grâce à la technologie brevetée du lit fluidisé du PSI, différentes sources de gaz d’échappement peuvent être efficacement « valorisées » en carburants synthétiques renouvelables.